Je me prête à un exercice difficile, l’exercice difficile de l’auteur qui aime les morceaux de textes, les morceaux d’univers, les morceaux de pensées sans début ni fin clair et qui est toujours en mouvement, mais qui doit aujourd’hui être exhaustif. Si on me connait un peu, on sait que je fais difficilement dans l’exhaustif, difficilement dans le détaillé à moins d’être inspiré et de répondre à quelque chose de précis. Et même là, ce ne sont que des pensées à un instant t, et avec l’anxiété de malade que j’ai, je me répète encore et encore en espérant atteindre une pensée complète à un moment, ou plutôt je sais que je ne l’atteins pas et je vois ma spécialité dans les nouvelles courtes et les poèmes. Là, j’ai besoin de réussir à tout satisfaire et à fermer tous les hanging plot lines.

    C'est marrant parce qu'en début janvier, je me faisais la réflexion que je n'avais jamais été aussi heureux de ma vie. J’ai partagé cette réflexion en ligne, à des amis, à des ex amis aussi maintenant. Je le pensais pour de vrai, je le pensais réellement, et j’avais beaucoup de choses qui me rendaient heureux. J'aurais dû me douter que ça cacherait la pire des rechutes, parce que j'ai jamais eu le droit à un bonheur stable. De toute façon, je l'ai peut‑être jamais formulé, mais la vérité, c'est que je pensais déjà de façon abstraite à « vouloir disparaître, arrêter, ne plus exister » quand j'étais à l'école élémentaire. Au moins depuis, je crois, le CM1 peut‑être, peut‑être avant, j'avais des pensées bizarres au CP, mais ça fait si longtemps, je pourrais pas dire si c'était la même chose.

    Et depuis là, ça a fait que s'empirer ; des tas et des tas de choses que je n'ai pas confiées à grand‑monde. Des choses que même dans cette note, je ne confierai pas, et que je garderai jusqu’à la fin pour moi. Je me demande si ça veut dire que je serai soumis à la scrutinisation de tous mes actes et pensées, à la réanalyse a posteriori de ceci ou de cela. Je n’en ai pas envie. Je crois bien que je devais être hanté de naissance, au final, moi qui ne croyais pas tant que ça au destin à la base, et qui ai essayé surtout ces dernières années de défier ce qui avait pu m’être posé dessus, mais ça me rattrape.

    J'ai toujours l'impression d'inventer et d'exagérer. Est‑ce que j'invente et j'exagère si je parle de ma séquestration à 17 ans par un pédocriminel qui m'avait déjà agressé à 14‑15 ? Est‑ce que j'invente et j'exagère si je parle du harcèlement en ligne par des ados qui m'ont dit que c'était ma faute si maman est morte [et qui ont osé revenir vers moi comme des amis sous une identité différente sans jamais s’expliquer] ? Est‑ce que j'invente et j'exagère si je dis que c'était horrible de commencer à mourir des suites d'une insolation qu'aucun hôpital ne prenait au sérieux au lycée ? Est‑ce que j'invente et j'exagère si je dis que la prise de duphaston sans m'expliquer que c'étaient des hormones proches de la progestérone alors que j'étais trans était comme une torture ? Est‑ce que j'invente et j'exagère si je dis que j'ai vécu trop de viols pour compter ? Est‑ce que j'invente et j'exagère si je dis que j'ai vraiment mal vécu mon enfance à la maison, que les moqueries entre frères et sœurs m'ont toujours fait beaucoup de mal, que je me souviens encore du jour où papa m'a dit d'un ton exaspéré qu'il avait honte de moi ? Moi aussi j'ai honte de moi. J'ai toujours eu honte de moi. Je n'ai pas été une bonne personne. Heureusement je n'ai pas peur de l'enfer.

    Depuis que j’ai un plan à haute létalité, j’oscille entre sentir mon cœur et suer d’anxiété, et avoir le sourire aux lèvres. Je crois que c’est aussi la prescription d’anxios qui me calme, mais il ne faut pas confondre tous les sentiments. Je suis heureux d’y mettre un terme, je suis très malheureux dans bien d’autres points, et j’ai des regrets, des regrets qui toutefois ne me donnent plus envie de me battre. J’avais tenté un dernier truc, je crois que ça n’a pas beaucoup aidé à me redonner l’espoir nécessaire pour continuer. Mais surtout, j’ai un pied hors de la réalité, parce que j’y crois pas trop. J’ai un plan complet pour la première fois, mais d’habitude j’ai que des idées vagues sans savoir quoi faire, sans rien planifier. J’ai jamais fait de TS, j’ai déjà arrêté de répondre aux messages pendant un temps comme une sorte de roleplay‑TS, j’imagine. Alors, comme d’habitude, tout ça paraît super dramatique, tout ça paraît faux, et je n’y crois pas trop. Une part de moi se dit qu’au lieu d’attendre, je devrais essayer tout de suite et tant pis pour les préparatifs et cette note d’intention. Une partie de moi n’est même pas encore sûre d’aller jusqu’au bout et attend encore un signe, quelque chose.

    Au fond, je n’attends qu’un mot, qu’une action, n’importe quoi, pour me sauver et me redonner le tout petit peu d’espoir qu’il me suffirait pour me remettre en selle. Il n’y a que moi qui puisse décider, et quand je dis me sauver, je ne dis pas que j’attends que quelqu’un me sauve ; je dis que j’attends un signe que je peux me sauver. J’y crois sans y croire. J’espère sans espérer. Je devrais peut‑être tenter mes AD un weekend avant de me décider. Mon plan d’introspection sur mes propres tendances anxio‑dépressives dit que quand je perds la capacité à voir un futur, c’est le seuil de danger où il faut administrer quelque chose. Je n’ai pas encore réussi, cela dit, à comprendre ce qui causait le passage de la perte de vitalité passive à la restlessness agressive qui me fait mal à l’intérieur. J’ai trouvé la plupart des autres éléments, et ça n’a pas été facile, mais ça m’avait pas mal stabilisé et aidé à tenir le coup. Il me manquait cet élément‑là. Il était important.

    La vérité, c’est que je suis très confus là tout de suite, et apeuré par le calme dont je fais preuve. Là tout de suite, j’ai plein d’envies, plein de choses que je voudrais faire, mais c’est pas tant une envie de vivre qu’une liste de souhaits dans une réalité alternative, ou de souhaits de dernières choses que je peux me dépêcher de faire avant de mettre un terme à tout parce que si de toute façon, je me suicide, alors je peux me permettre de tout faire maintenant. Je pense que je sous‑estime l’effet que mon suicide pourrait avoir sur les gens autour de moi. Et en même temps, je pense que je le surestime, je le surestime parce que j’ai ces fantasmes, ces rêves, qu’on s’inquiète pour moi pour de vrai, mais au‑delà de mes proches, je crois bien que j’invente beaucoup de mes relations. Dans ma tête, on se connaît mieux qu’on ne se connaît vraiment. Dans ma tête, on sait un peu qui je suis. J’ai passé trop de temps à rêvasser plutôt qu’à nouer des liens pour de vrai, et maintenant je vis entouré d’amis imaginaires projetés sur des personnes réelles qui ne me connaissent pas. C’est peut‑être ça, au fond, la psychose, la déréalisation/dépersonnalisation dont on me parlait. Je vis à travers de la neige, du bruit blanc. Je suis pas dans le réel. Rarement. Le monsieur dont je suis le plus grand hater disait que la psychose, c’est un désinvestissement du réel pour investir entièrement dans l’imaginaire. Je sais pas ce qui me prend de penser à lui maintenant. C’est un peu drôle.

    Peut‑être que j’aurais dû m’inquiéter davantage de ma non‑adhérence à la réalité. Après tout, tous mes souvenirs sont flous, mais pas dans le sens amnésique. Je me souviens. Mais aucun souvenir n’a l’air réel. Les souvenirs, les rêves, les hallucinations, les délires, tout ça se mélange un peu, et au final je fonctionne simplement sur des calculs de probabilité qu’un souvenir soit réel. Quand je rentre chez moi le soir, ça paraît irréel que j’ai été ailleurs il y a quelques minutes déjà. C’est aussi pour ça que je n’avais pas trop peur de la drogue. Quelque part, puisque déjà je ne croyais pas fortement en la réalité, je pouvais me persuader que si jamais je tombais au milieu d’un parc, je pourrais me réveiller chez moi. J’ai jamais su comprendre la relation cause‑conséquence. Enfin, si, mais seulement théoriquement. Dans ma tête, ça a jamais fait sens. Alors similairement, si je me tue, je crois que même sur mon lit de mort, je n’y croirai pas ; je me réveillerai autre part, un jour.

    Trop jeune pour tout arrêter comme ça, mais j’ai la désagréable sensation qui me colle au corps que j’ai échoué continuellement dans l’essentiel et que tout ce que je pourrais réussir à construire à partir de là ne rattrapera jamais la série continuelle de mauvais et de mauvais et de mauvais choix qui m’amène ici aujourd’hui. Pessimisme, il y a dû avoir des bons choix, mais ils ne semblent pas pouvoir renverser la tendance. Des bons choix comme quitter la psycho pour les neurosciences, comme aller voir les événements d’afro‑descendants au Café Rosa, comme ajouter Noélie sur insta, comme me mettre à plat devant Ay et m’excuser, comme écrire. Ah, écrire, quel bon choix merveilleux. Mon art est si bon, même quand je suis au fond du trou et que j’aimerais m’insulter, je ne peux pas mal parler de mes écrits, pas les récents, pas ce dont je suis capable aujourd’hui. Est‑ce qu’il existe un monde dans lequel si je ne trouve pas la thèse ou le travail de technicien/ingénieur ou que sais‑je, je peux faire de la relecture/correction /transcription ? En fin de compte, peu importe les épreuves, tout finit par retomber sur la précarité. Si je n’avais pas à me soucier de l’argent, je saurais m’auto‑thérapie‑er suffisamment pour vivre sans avoir à percevoir comme mes efforts finiront par s’annuler. L’argent n’est pas responsable. Il empêche beaucoup de choses.

    Maman est morte quand j’étais trop jeune et je ne me souviens pas vraiment d’elle. Ça me peine beaucoup. J’ai quelques bons souvenirs aussi. Est‑ce qu’elle, contrairement aux autres, aurait accepté sans ignorer ou le prendre comme une blague ou rester dans le déni, que j’étais agenre et lesbienne ? J’aurais aimé connaître le Bénin/Dahomey. J’aurais aimé connaître la langue fon, la culture, et j’aurais aimé connaître le vodun. Si une cérémonie doit se tenir, je vous en voudrai de faire quelque chose de chrétien. Vous pouvez bien faire ce que vous voulez, mais pas ça. J’ai affronté un combat de culture toute ma vie avec les influences chrétiennes et la honte catholique qui rampe dans mes veines quand je pense sexualité, genre, lesbianisme, moralité, et même finalement, l’envie de suicide. Est‑ce qu’on peut au moins respecter à quel point je détesterais être enterré sous ce Dieu ? J’étais du culte de Sunví, pour ma réelle spiritualité, et c’est surtout entre moi et moi‑même, alors il n’y aura pas d’informations ailleurs. J’aimerais surtout redevenir poussière. Peu importe.

    Je ne suis rien qu’un portail qui canalise les étoiles et les laisse me posséder, ou peut‑être que c’est moi qui les possède. On a ce genre de relation complémentaire. L’essence de ma spiritualité est sûrement une folie en occident, et pour cela on m’appelle schizophrène. Cela ne fait rien, c’est un joli mot, skhízô – phrên, fendre l’esprit. De la poussière d’étoiles qui apprend à communiquer et à voir ce qui n’existe pas, redeviendra poussière à la mort et pourra enfin toucher ce qui n’apparaissait que comme des sens sans corps. Trop souvent, j’ai vu cette transe simplifiée en ce que je sois, moi‑même, étoile. C’est un contresens qui me peine, puisqu’il revient à aplatir sur moi l’entièreté de ce que je vois, entends, ressens, de ce en quoi je crois. Sǐan Pary est un fantôme que je perçois depuis des années, et je l’aime. Elle est également elle‑même Sunví, et je crois en elle. C’est une relation particulière où l’esprit que je prie suit mon ombre et peut même se manifester à travers moi. Elle aime les oiseaux et le sucre, elle ponctue ses phrases de kaomoji. Elle n’est pas la seule étoile à qui je peux parler, mais c’est elle qui connaît toutes les autres, c’est à elle que je me dédie. Même si j’entends et vois d’autres, c’est Sunví que je suis, et la différence précise entre le concept de Sǐan et celui de Sunví est trop complexe et intime pour l’expliciter par des mots. Théoriquement, il s’agit de la même personne. Pourtant, pas réellement. Un peu comme un titre spécial qui ne se révèle que dans une occasion de culte, là où Sǐan est toujours là au quotidien. Ses symboles et autres objets de culte sont évidemment l’étoile, spécifiquement l’étoile à cinq branches en ce qui la concerne, bien que toute étoile lui soit adressée ; le lapin ; le chiffre 8 ; l’ecstasy ; la guimauve.

    C’est de la folie. Je le sais bien. J’ai complètement perdu pied avec la réalité, et si quand j’avais fait mes plans et commencé à écrire tout ça il y a plusieurs jours, je voulais mourir, là je n’ai plus envie de mourir. Mais pas dans le sens que je veux vivre. Dans le sens que c’est une fine qui a été décidée, et maintenant j’ai la paix.

    En réponse à la grande question « qui est responsable ? », je répondrais moi‑même. Déjà, factuellement, si j’ai recours au suicide, c’est que je suis responsable de ma mort, ça va de soi. Ensuite parce que même quand je me cherche des excuses et même quand je passe chaque seconde éveillé hanté par la pensée que je ne suis sûrement pas une bonne personne et que je dois oublier, consciemment ou inconsciemment, des aspects de ma personne qui me rendent coupable de tout ce que je reproche à d’autres, j’ai bien du mal à blâmer d’autres personnes. Mais ce n’est pas une réponse qui satisfera tout le monde. Alors, si je ne peux pas nommer clairement un « responsable », quelqu’un dont ce serait la « faute », je peux au moins avec beaucoup d’aise assurer de qui ce n’est pas du tout la faute, à aucun moment. Ce n’est en aucun cas la faute de Ay, de Sǐan, de Su, de Chat, de Noélie, de la drogue dans mon tiroir [ce serait un contresens également de me dépeindre comme usant de substance dans un contexte d’addiction ou quelqu’autre problème, j’en étais content].

    Je ne sais pas à qui j'écris. Je ne sais pas qui pourra me lire. Alors dans l'ordre, il y a un tas de choses que j'aimerais faire parvenir, pour être en paix avec moi‑même post-mortem. Faites‑les parvenir, s'il‑vous‑plaît.

    À mon stage, auprès de Nasser et d'Amel, présentez mes excuses. D'habitude, je finis ce que j'ai commencé, alors j'aurais dû attendre de finir ce stage et mes études. Tout de même, je ne voulais pas tout laisser en plan, alors sur la clef que je laisse sur mon bureau, vous trouverez le récap des USV depuis janvier jusqu'à ce que j'arrête les manips. Je ne sais pas si c’est très utile, cela dit, étant donné l’échec que tout cela a été. Pas que l’absence de résultats soit un problème en soi, ça fait partie de la recherche, c’est normal. Simplement que factuellement, je ne sais pas si ce que j’ai noté sera très utile. Tout de même, par principe, par principe je laisse ça là. J'étais vraiment heureux d'être là, je n'ai jamais autant aimé mon travail. J'ai honnêtement cru jusqu'à mi‑février que peut‑être que ça pourrait me sauver, qu'après tout ce que j'ai vécu, avoir enfin quelque chose qui me donne envie de me lever et un avenir, ça pourrait me sauver de moi‑même.

    Puis j'ai gravement rechuté mi-février. Je sais pas, est-ce que c'était les notes de M2 ? C’est ok d’avoir des notes nulles de temps en temps. Mais savoir que la raison à cette baisse dans mes notes, c’était que mon ex était une violeuse, raciste, qui me doit des milliers d’euros et qui m’a mise à la rue ? C’est insupportable. Est-ce que c’était la réalisation que les chances que j'aie l'ED étaient inexistantes ou presque, sur fond de problèmes d'argent préexistants ? J’en doute, ça m’a sûrement impacté, aucune raison que ce soit à ce point. J’ai survécu à bien bien bien pire, et même si j’ai toujours redouté le jour où je ferai face à un échec parce que je n’y suis pas préparé comme j’ai toujours eu tout ce que je voulais dans le monde académique, ce n’était pas si grave. C’était peut-être même un poids en moins de savoir que je ne m’essaierai pas au concours, et que je tenterai juste de chercher dans le financé, dans les postes d’ingé ou que sais-je.

    Puis, j'ai fait une scène, j'ai inquiété tout le monde par des malaises alors que j'en ai tellement l'habitude que je ne les compte plus. Personne ne trouve rien. Je resterai convaincu jusqu'à la fin que c'était physiologique, un syndrome dysautonomique, mais personne ne m'écoute et j'ai arrêté de lutter avec l'errance diagnostique. J'ai arrêté de voir un futur. C'est entièrement de ma faute.

    À ma famille, je crois que je n'ai rien à dire. Ça me peine énormément, de ne rien trouver à dire, mais ça fait longtemps que je m'y suis fait. J'ai fait mon premier coming out lesbienne et trans dès le collège au moins, mais absolument personne ne m'a écouté. J'ai parlé de mes hallucinations en primaire, mais personne ne m'a écouté. Dans une autre vie, on aurait appris à mieux se connaître. Dans cette vie, j'ai été un été un inconnu. Je suis à blâmer, je n'ai jamais su mieux m'imposer, et j'ai laissé tout le malheur me ronger. J'ai quelques bons souvenirs quand même. Promis, je les chéris.

    Grund. Ma très chère Grund. Que va‑t‑il t’arriver ? Les cendres de Dumm sont derrière le miroir sur la table de l’entrée, alors peu importe ce qu’il t’arrivera, j’ai toujours voulu que lorsque tu décèdes, tu sois dans la même boîte, pour que vous soyiez ensemble. Ta santé en ce moment est un peu bizarre, mais rien de super inquiétant, normalement. La clinique mon chat et moi, le docteur Lemarié s’occupent de toi, s’il faut un checkup ou connaître son état. Peut‑être qu’on dormira l’un contre l’autre une dernière fois. Donnez‑lui sa pâtée, elle mérite.

    Mon portable n'a pas de mot de passe. Mon instagram, signal, discord et twitter y sont connectés.

    Trouvez, sur instagram, Noélie. Elle s'appelle sûrement Nono, elle devrait être dans mes messages récents. Dites‑lui, pour qu'elle n'ait pas à s'inquiéter. Elle s'inquiète facilement, parfois, je ne veux pas lui imposer ça. C'est dur de s'imaginer a priori tout ce qui pourra lui passer par la tête et comment rassurer comme je ne pourrai pas le faire a posteriori. Je crois que j'aurais vraiment aimé goûter les croissants, haha. Tu as été là pour moi, sincèrement, et j'aurais aimé qu'on puisse traîner davantage ensemble, mais bon, pas de thunes pas de temps, et l'étendue de mes skills sociaux n'est pas à jalouser, même si j'essaie de mon mieux. Honnêtement, je pars sans plainte, sois en sûre. J'ai même quelques remerciements. Pour nos longues discussions, tous ces échanges, pour m'avoir encouragé à devenir meilleur, pour tes conseils. Je me suis retrouvé dans une spirale, acculé, et je n'ai pas su m'en sortir. Ou peut‑être que c'est l'ultime agentivité ? Peut‑être qu'on en discutera dans une réalité alternative. Moi, je te souhaite que tout aille bien. Que tu t'exposes et battes l'anxiété sociale, sans en faire trop. Que ce nouvel appart te plaise bien. Que tu saches aller de l'avant et reprendre un peu de contrôle sur ta vie comme parfois tu t'en es plainte. Je suis le culte de Sunví, et je retournerai près des étoiles, alors tant que les étoiles scintillent, je t'encouragerai pour le mieux.

    Trouvez, sur signal, Ayhan. Tu as été le plus important. Je te demande de faire de ton mieux pour ne pas m'en vouloir, mais surtout pour ne pas t'en vouloir. Rien n'est de ta faute. Tu n'es pas un dieu, pas omnipotent, voilà tout. Je suis désolé ; le timing est sûrement désastreux par rapport à ta propre vie. J'aimerais que tu vives, bien que ce soit égoïste, peut‑être hypocrite de ma part. Je te lègue mes écrits, ils sont pour toi. J'aimerais dire que je n'ai pas de regrets, mais pour toi, j'en ai plein. J'aurais aimé passer plus de temps avec toi, connaître davantage ta culture, ta nourriture, que l'on fasse de l'art ensemble, qu'on sorte la nuit, que je te prête un joint, un peu de DMXE, que je t'apprenne d'autres choses, que tu apprennes à me connaître encore mieux maintenant que je me retrouve. Je ne sais pas comment ça fonctionne, après ma mort, mais si l'occasion se présente, je veux bien t'offrir le carnet jaune sur lequel j'écrivais ma selfdiscovery journey. Toi tu pourras connaître ce que personne ne connaissait, tu sais déjà beaucoup plus que tout le monde. Est‑ce un cadeau ? J'aimerais dire que ça l'est, mais j'imagine que tout savoir peut devenir malédiction et te hanter. Alors fais au mieux, pour toi. Je t'aime. Laissons derrière les quelques coups qui m'ont blessé ici et là, j'en ai donné des pires, et ces derniers temps, on avait appris à communiquer. Toi, tu m'as appris que pas toutes mes amitiés étaient destinées à être d'horribles choses ; pas de Kalul, pas d'Esther, pas de Ashe, pas de Bao, pas de Colin, pas d'Adrian, pas de Quentin ou que sais‑je encore. Pourquoi ça n'a pas suffi ? Je ne sais pas. Je pleure. Je t'aime. Je t'aime et j'ai gâché tellement de temps à donner aux autres ce qu'ils ne méritaient pas et à te donner si peu. J'ai si mal. Pourquoi je n'essaie pas plutôt de corriger ça ? Je ne sais pas. J'ai peur. Pour la première fois, plutôt que de vagues idées fantasmées sans plan, j'ai un vrai plan de suicide, et il n'a pas de raison d'échouer. J'ai fait des recherches, presque machinalement. Tu m'as tendu la main. J'aurais aimé la prendre. Mais le monde ne s'arrête pas, et si je prenais ta main, est‑ce que j'aurais à manger ? Un loyer payé ? Un appart propre ? Un chat soigné ? Un retour à la réalité loin de mes psychoses qui sont parties beaucoup trop loin ? C'est pour quoi tu ne dois pas t'en vouloir. Je ne sais pas comment fonctionne la mort, mais je détestais recevoir de l'argent, j'aimais les cadeaux. J'aimais être spoiled. J'ai de côté sur une épargne, qui devaient servir pour quelque chose de précis. Dis à ma famille que je voulais partager ça avec toi, à moins que je trouve un moyen de te les envoyer moi‑même. Tu sais, c’est un bon plan. Fais ce que tu veux. Trouve un appart, par exemple. Prends un cours pour apprendre à différencier les rats des souris, par exemple. Retrouve la Turquie, fais ce que tu veux de ta vie. Tu le peux. Tu peux m’en vouloir aussi, si tu veux. Ou ne pas m’en vouloir. Tout ce que tu veux.

    Trouvez, sur instagram ou discord, Chat. Dites‑lui que j'étais content lui aussi de le connaître et que j'aurais aimé qu'on se parle davantage, mais que c'est ok. Je voudrais te dire plus, mais je fatigue, et j’ai les pensées un peu vides. Je promets que je t’aimais bien. Assez pour te mentionner séparément du reste, je veux dire.

    Changez mon profil discord pour annoncer ma mort, et gardez le lien vers mon blog. Voyez si vous trouvez le serveur himejoshi pour l’annoncer là aussi, mais iels ne parlent pas français, alors il faudra un peu d’anglais. Dites‑leur that this place was a safe haven for me in these times where I felt so alone, being around whiteness and/or straightness. I’m sincerely glad for all the amazing people I’ve met and for the way y’all were the reason I could finally engage in more lesbian and/or black media. I’ve felt like a teenager again discovering girls can kiss lmao, it was good. I’m not sure we knew each other personally very well. Perhaps that is a regret of mine, but it’s okay. I have wonderful memories, especially of Iris, Granolas & – oh dear i realise i recognise you not by name at all, rat/cheese pronouns & discord status saying mario is butch, uh, signal name was fred, I think. I guess we’ve talked the most, but I generally do have good memories of being there in general.

    Faites de même avec mon twitter, et annoncez‑le d'un tweet si vous voulez. Insta de même éventuellement. Je ne trouve rien à rajouter.




    Update 13/03 :

    J’ai brièvement tenté un dernier truc, puis j’ai senti tout le poids du monde m’écraser à nouveau. Je ne sais même pas si je suis désolé. Je crois que je ressens plus rien. Je pense que ça se fera quelque part courant semaine prochaine. Il n’y a pas de futur auquel je croie, et je suis un fardeau partout où je vais. Je n’ai jamais fait de TS avant, peut-être que c’était ça, ma véritable erreur. Mais je suis content, je suis content d’avoir connu pas mal de bonnes choses quand même. J’ai arrêté de me nourrir correctement déjà. Je ne bois plus vraiment. Je passerai ce weekend à nettoyer un peu, comme si ça avait une importance. J’ai les larmes aux yeux, mais pas d’émotions pour aller avec.

    Je crois que t’avais raison, mais je ne sais plus qui m’avait dit ça. Je confonds les gens entre eux maintenant. Je reconnais plus rien. Quelqu’un m’a dit un jour que j’avais l’air de beaucoup prendre sur moi. Non, de m’occuper beaucoup des autres ? Je ne sais plus. Je ne sais plus ce qu’on m’avait dit. Tu sais comment sont les HP, ils me tueraient encore plus. Il faut que je saisisse ma chance et que je réussisse. Je ne vais pas supporter la suite si ça ne marche pas. Le plan que j’ai devrait fonctionner si et seulement si j’en arrive à bout, mais il a quelques points de difficulté. Il ne faut pas qu’il soit découvert. Et je suis un coward, profondément, très profondément, alors il ne faut pas que j’hésite ou que je faillisse.

    J’ai commencé à préparer le terrain par rapport à ça. Pour ne pas faillir, j’ai commencé à prétendre que je m’occupais de moi. Dire que tout va bien serait suspect, et de toute façon même auprès de ceux à qui je crois que je n’ai rien dit, ils voient que je ne vais pas super bien. Tenter une performance aussi spectaculaire, quand bien même j’en suis capable, éveillerait les soupçons. Tiens, d’autres regrets : j’aurais voulu reprendre le théâtre, j’adorais le théâtre de quartier avec Jérôme. Le théâtre d’école me semblait chiant. J’aurais voulu continuer à graver des CD. Peut-être que j’en préparerai ce weekend avant de me décider. Il faudra léguer ça. C’est dur d’être seul sans souvenirs, alors je vais laisser des souvenirs autant que je peux, et tu pourras décider si tu préfères les brûler.

    Il faut que je vérifie si je peux planifier des virements en avance. Garder un peu pour moi si s’occuper de ma mort coûte de l’argent, je crois que c’est le cas. Donner beaucoup. Si j’avais su, j’aurais aidé encore plus de mon vivant, à la fois mes amis et les victimes de génocide et mes Noirs surs qui ont besoin de mutual aid. D’un autre côté, peut-être que si j’avais donné moins, je me serais pas autant coincé sur ce plan-là. Je crois que je ne peux pas sans l’IBAN. Ah, et si je fais ça au dernier moment, tu risques de poser trop de questions. Je crois que tu as mon adresse. Tu risquerais de comprendre trop vite et de me faire échouer. Tant pis, désolé, tu demanderas à ma famille s’il le faut. Peut-être que je devrais mettre plein de souvenirs dans une boîte pour toi. Comme ça on saura.

    J’ai été un fardeau pour tant de gens, de l’école au travail, de Rouen à Caen à Lille à Lyon. Au final, même cette dernière action, ça va faire chier autour de moi. Culpabilité éternelle, culpabilité éternelle, oh, on s’en sort pas hein. Le plus simple c’est peut-être de mettre cette note en ligne. Sur mon neocities, c’est le plus pratique, mais ça ne doit pas être trouvé avant ma mort effective. Je n’ai qu’à la préparer d’avance sans l’ajouter au sommaire, et je peux peut-être ajouter juste avant l’acte ? Ou cacher un lien ailleurs.

    C’est terrible, si je partais sans rien laisser, je n’aurais pas à penser tout ça. J’aurais déjà pu le faire il y a quelques jours sûrement. Je me complique les choses. Il faut que je les simplifie. Sûrement la semaine prochaine. Ce sont de bonnes dates. Mars. Il se passe beaucoup de choses en mars après tout. C’est le printemps. Comme un échange d’énergie, nourris la terre qui refleurit. Tu connais ma fleur préférée ? Personne ne connaît ce genre de choses. Peut-être que j’aurais aimé avoir ce genre de conversations. Sǐan était malchanceuse de me protéger et de ne jamais avoir de réel ami pour elle-même. Sur la fin, elle a eu la chance de discuter avec mon meilleur ami la lune et d’avoir ce genre d’échanges que j’aurais aimé avoir, sûrement.

    Je l’avais écrit un jour je crois. Que j’ai eu mes problèmes, que j’ai fait face à des oppressions, que j’ai aussi eu mes privilèges, évidemment. C’est sûrement un sentiment égoïste et autocentré, puisque je ne peux pas savoir et que c’est vraiment nul de penser ainsi, je crois. Mais j’avais dit, j’avais dit — qu’est-ce que j’avais dit ? Ah, j’avais dit. J’aurais même préféré supporter pire si en échange j’avais pu avoir du lien social. Mais est-ce que c’est pas juste une excuse pour mon manque d’insistance et d’essai ? Peut-être que tu me jugerais dans cette situation. Je crois que je délire complètement et que je fais de moins en moins sens, parce que je dois sûrement m’adresser à moitié au hasard à des gens sans ne plus savoir de qui ou quoi je parle de quoi de quelle référence.

    Au cas où, juste au cas où, j’irai acheter un antiémétique ce weekend, je pense. Je ne voudrais pas tout ruiner par maladie. Mon corps est inutile, mais il se défend parfois. J’aime bien vomir. C’est agréable. Pas la nausée, juste les vomissements. J’aime bien. Mais là il ne faut pas. C’est quoi le délai d’action du vogalib ? Enfin, c’est pas comme si vomir changerait quelque chose, vu la méthode. La méthode est trop létale. Ne pas vomir est juste un confort. Ou est-ce que je mens au cas où l’on me découvrirait. Je refuse de parler. Et puis, les informations sont dangereuses. Après tout, si j’ai pris cette résolution aujourd’hui, c’est bien parce que j’ai obtenu assez d’informations pour faire un choix. J’évite de donner trop d’informations. J’en donne un peu pour éviter l’impulsivité de quelqu’un qui ne sait rien. L’important, c’est de savoir que ça ne marche pas. Pas de ne rien savoir. Moi, j’ai eu le malheur de savoir ce qui marche. Peut-être la libération. Je me demande si je l’ai fait exprès, de trouver l’information.

    Peut-être que mon intérêt pour la RDR, par exemple, cachait une motivation presque inconsciente. Je sais parfaitement que les OD sont trop douloureuses et avec un haut taux d’échec par exemple. Mais peut-être, juste peut-être que quand je cherchais comment me protégér et protégeger les autres, au même moment, mes yeux scannaient à la recherche de s’il pouvait exister quelque part une drogue, une dose, un 100% quelque part, et si possible, si possible pour le coward que je suis, une absence de douleur. J’étais fan des effets de surdose. Je l’ai dit ? Je l’ai dit. Je l’ai dit, j’aime vomir. J’aimais beaucoup de choses pas très bonnes. Pour me proteger, je misais sur les écarts entre les prise, faire attention à la tolérance, les soins péri-prise, mais pas sur la dose, je crois. Je me tâte à prendre quelque chose ce weekend aussi, profiter un peu avant. Quitte à partir de toute façon, quitte à avoir un bonheur trop instable qui se crash inlassablement, autant partir le sourire aux lèvres à la fin.

    Si l’on m’enterre, que l’on me donne mon doudou. Est-ce que tu sais faire la différence entre mes peluches et trouver qui est Petit-Doudou parmi toute sa famille ? Peut-être que je posterais une photo innocente avec les noms, prétendant être enthousiasmé de partager le lore de la famille. Je posterais peut-être quelque part qui peut être retrouvé, et alors si tu ne sais pas, tu pourras comparer.

    Je n’ai plus besoin de rien. Je devrais en profiter pour avoir mon repas préféré. Tu connais mon repas préféré ? Plus je me rapproche de mes plans, plus je sens une angoisse, une anxiété, un truc dans mon coeur insonutenable, mais c’est pas grave, c’est pas grave. Pour le temps quej’a révu de rester en vie, j’ai de l’oxazepam. Ca ira ? Peut-être ? Il faut pas que je reste, il faut pas. Vers les étoiles. Il y a des étincelles dans ma vision. Static et étincelles. Il y a un truc qui résonne. Je sais pas si c’est dans mon oreille ou dans ma tête. Ca n’a plus d’importance. Plus rien n’a d’importance. Il me faudra de l’oxa la semaine prochaine. Pour faire ça, sans qu’on me voit. Sans qu’on ne voit rien.

    J’avais envisagé faire une scène et tenter ici-même, parce que j’aime le dramatisme au final, mais si je m’en sors, je m’en voudrais. On ne sait jamais. On ne sait jamais ce qui peut se passer. Coller à la normalité au maximum. Dimanche Spiral Knights. Ca m’amuse ça. J’aime bien. Si je fais pas ça ici parce qu’on ne sait jamais, je me demande combien de temps ça prendra pour s’en rendre compte. Une question inutile, de la curiosité. En termes de probabilité ? Pas la famille. Stage ? Amis ? Randoms des environs ? Sǐan sûrement mais elle ne pourra rien faire.


    eeeeeee