Princesse irisée

    Ton regard attendrissant qui me berce d’une chaleur nouvelle pourtant si familière que je ne trouve, jour après jour, que chez toi. Ton sourire qui existe à peine sur tes lèvres, brillantes et peu expressives, mais qui m’atteint sans problème depuis les reflets dans tes iris. Tant que je peux me réfugier dans tes yeux, j’ai comme un monde entier dans lequel me nicher ; un endroit secret, le plus petit des univers que seule moi perçoit en toi. Je ne crois pas que tout aille bien et, bien au contraire, j’aimerais disparaître de cette Terre qui demande tant de moi sans me laisser de place, mais quand tes cils battent en ma direction, pour un instant éternel, j’ai le confort d’un repos. Nous n’allons pas bien, toi comme moi, mais nous sommes capables d’arrêter le temps ; respirer et observer comme sont faites chacune des gouttes de pluie flottant dans le ciel même sous le plus intense orage.

    Je voudrais prendre ta main et que tu serres la mienne. Il n’y a pas de mots à poser sur l’acte ou le sentiment, et si l’on trouvait une dénomination, j’aurais peur de perdre ce qui existe, tacite, dans ton regard. Si je pose ma joue contre la tienne ou si j’appuie ma tête sur ton giron, est‑ce que tu me murmureras quelques interrogations, surprise ? Ou est‑ce que tu maintiendras cette relation que je ne saurais qualifier, confirmant l’existence de ce monde non pas seulement en toi pour moi, mais entre nous deux, rien que pour nous ? J’ai peur de prendre ce risque ; j’ai tout à perdre, mais j’ai aussi tout à gagner.

    Plutôt, je te raconte ma journée. Plutôt, tu plaisantes, charmée. Tu m’offres une glace à l’hibiscus en usant de ruse puisque je ne te laisserais jamais payer ; je te fais promettre que la prochaine fois, tu te laisseras traiter en princesse. Le colorant de la fleur me rappelle ton mascara. Quand elle fond sous le soleil, laissant une traînée sur mes doigts, elle me rappelle tes larmes des soirs où ton moral ne va vraiment pas. Tes yeux, irrités et brillants, implorent ma pitié, et même là, j’y trouve un amour profond. Une angoisse me prend au cœur quand tu pleures ainsi ; ne me laisse pas seule, je t’en supplie.

    Si je ne pose pas de mots, est‑ce qu’un jour tu disparaîtras ? Tu dois savoir comme je t’aime, mais est‑ce que sans l’étiquette, tu ne le sais pas ? Si je fais le mauvais choix, est‑ce que tu me détesteras ? J’aimerais, sans prétexte particulier, me laisser tomber dans tes bras. Je le fais quand le monde m’impose des idées de mort, je le fais aussi quand les nouvelles sont si bonnes que j’en sautille. Pourtant, tu n’as jamais eu besoin d’excuse pour te coller à moi. Je pourrais être jalouse de notre propre relation ; tu es si… ah, si seulement j’étais toi.

    En attendant, je continue de trouver ma paix dans ton regard, parce que pour quelqu’un qui tremble devant l’idée d’un lendemain, tes prunelles appartiennent au présent. Mes peurs en pause, ton cœur osmose.