L'eau de rose et le gel à la lavande
Dès lors que tu as touché ce que tu ne devais pas, tes mains sont devenues sales.
Dès lors que tu as regardé ce que tu ne devais pas, tes mains sont devenues sales.
Dès lors que tu as pensé ce que tu ne devais pas, tes mains sont devenues sales.
Ma peau est fragile, sèche, et tire comme si elle allait se fendre en de nombreux points de tension, mais les rougeurs et les écailles sont la preuve que je suis en vie et que cette vie a le droit d'être vécue. Je ferme doucement les yeux en allongeant mes bras le long de mon lit, genoux au sol. Je n'ai plus de prières à adresser ni le soir ni en journée ; je sais que tu ne me les accordes jamais. Tu n'es pas ce genre d'existence. Pour moi, tu ne l'as jamais été. Une partie de moi souhaiterait ne plus rien avoir en tête, mais est-ce vivre que de suivre un pilote automatique ? Une partie de moi y voit donc l'essence de mon existence, mais est-ce exister que de soucier de mériter la mort ?
Pourtant, ce n'est pas vrai ; je mens en pensant cela et je me punirai ; je mérite autant la vie qu'un autre, très certainement. Pourtant, chaque instant se teinte si facilement de rouge et de blanc ; il faut effacer ces couleurs sur mon coeur, sur mon visage, sur mes doigts. Elles se vident dans l'évier, laissant place à une vérité paisible, mais la paix se recolore et m'empoisonne. C'est un cycle auquel tu refuses de mettre fin, même quand je croyais que tu le voudrais bien, si je te le demandais du mieux que je peux.
J'enfonce ma tête dans les draps, inspirant l'odeur familière. La couette est épaisse et ma respiration se fait naturellement plus exigeante. Cette profondeur vient calmer tous mes sens ; si je restais ainsi sans jamais bouger, il est bien possible que je vive un calme assez parfait pour ne plus avoir à travailler cette saleté sur la paume de mes mains. Il y a donc, d'une certaine façon, une douce ironie, si tu me protèges seulement le temps que je reste entièrement prostré et n'étends jamais ta grâce à lorsque je me relève. Je rouvre alors les yeux, un peu fatigué.
D'un soupir, je mets fin à cette pause et retourne à la salle de bain ouvrir le robinet et passer l'eau tiède sur ma peau. J'ai un jour touché ce que je ne devais pas ; j'ai un jour regardé ce que je ne devais pas ; j'ai un jour pensé ce que je ne devais pas. Le savon qui irrite mes mains davantage transmet cette souffrance autant qu'elle l'efface, mais il m'accorde le droit d'être debout. En me séchant d'une serviette, je lève mon regard vers le ciel, comme pour t'affronter. Il n'y aura pas d'aide, mais je continuerai d'avoir des rêves.
Je vivrai, avec ou sans ta bénédiction.